LÉGENDES

LES PERSONNAGES


1. Les personnalités, les caractères...
Pièges, j’ai peu à peu affiné les traits de caractère pour certains de mes personnages. Chacun a une personnalité complexe, dotée d’oppositions qui se révèlent au fur et à mesure.

ALEX
De nouveau, mon personnage principal est une femme. Cela étant, Alex n’est pas une jeune femme coquette, hyper féminine. Non, pour moi, elle n’était pas du tout ainsi. Alors, j’ai choisi un prénom qui revêtait clairement mon idée quant à la personnalité d’Alex. D’Alexandra, elle n’en a gardé qu’un diminutif qui demeure ambigu. Autant Marion joue son atout physique pour amadouer Ronald Greeman et séduire Philip O’Malley au début de Pièges, autant Alex n’aurait pas pu se résoudre à le faire. Et si elle revêt parfois une jupe, c’est uniquement en raison de la chaleur de l’été.
Son caractère se révèle très vite: Alex est indépendante, n’accepte guère les conseils, les compromis. Elle aime apprendre, mais est aussi impulsive, ce qui n’est pas un avantage. Enfin, a-t-elle des défauts ou des qualités lorsque l’on évoque sa curiosité et sa persévérance? Détestant qu’on lui tienne tête, Alex va s’acharner à élucider ces mystères: qui a voulu la tuer, que veulent vraiment ses hôtes, quel est ce phénomène qui l’a entraînée dans cet espace temps? Elle veut trouver le pourquoi de toutes ses questions... Au fond d’elle, mon héroïne sait que la vérité marquera sa vie à tout jamais. C’est bien la raison pour laquelle elle refuse d’abandonner sa quête... malgré tous les risques...


2. Une différence monumentale et ses conséquences...
Tous les personnages de mes romans précédents étaient nos contemporains.
Légendes m’offrait donc un travail et une difficulté bien différents. Pour la première fois, certains protagonistes vivaient à un autre siècle.
Déjà, j’imagine une première question: pourquoi avoir choisi des nobles?
L’histoire se déroulait principalement dans un château. Il était plus facile de transposer des figures nobles dans un tel domaine qu’un paysan ou un représentant du Clergé, ou encore un boutiquier.
Deuxième question: pourquoi la Révolution?
Cette période historique m’a toujours intéressée par les bouleversements qu’elle a causés. L’homme est-il sorti davantage plus libre après 1794? Plus serein, plus humaniste? Non. Il ne faut pas oublier cette Terreur, ces mois durant lesquels certains individus ont relégué et méprisé toute humanité. Ensuite, en regardant autour de nous, pouvons-nous nous dire que la misère, la solitude, les privations ont aujourd’hui disparu? Loin de là. Les disparités ne sont que plus fragrantes, plus connues.
Pendant ces années troubles et tragiques, des êtres humains ont dû quitter la France à cause de leurs convictions religieuses, politiques ou autres. Toute personne symbolisant la richesse -qu’elle soit effectivement pourvue d’argent ou qu’elle ne le soit pas en réalité- fut aussi persécutée et obligée de fuir afin de préserver sa vie. D’où cette corrélation parfaite, si je puis dire, entre cette époque et mes besoins pour mon livre.
Dans mes autres romans, j’ai toujours été attirée par ce thème: comment réagissons-nous face à une situation, qu’elle soit nouvelle ou périlleuse?
Il nous est alors impossible de tricher à cet instant-là. Nos comportements, nos caractères se dévoilent. Même si nous sommes peu assurés, nous avons le choix entre la lâcheté, l’inertie et l’action positive. Dans Légendes, Aude, Rodolphe et Rémi sont soumis au moins trois fois à cette équation: la Révolution, leur enfermement dans le Domaine et leur rencontre extraordinaire avec une personne née à une autre époque que la leur. Alex ne doit résoudre qu’une seule problématique.
Troisième question: me suis-je inspirée de personnages réels? Non. A ma connaissance, aucun Rodolphe de Chevreuse n’a existé. Par contre, Rodolphe est le pendant de ces nobles qui ont dû s’exiler. Adolescente, j’avais lu des ouvrages (Le Mouron Rouge) quant à des aristocrates obligés de se réfugier à Londres durant la Révolution. D’où l’idée de ce thème qui a sommeillé en moi des années.
Quatrième question: comment déterminer le nombre de protagonistes
Au tout début de la création du roman, il m’est paru évident qu’Alex allait être confrontée à trois personnages. Rencontrer deux seuls autres individus n’eut pas été suffisant. Mon champ de supputations n’était pas assez large: mon héroïne n’aurait pas à se poser d’interrogations. A l’opposé, si Alex faisait la connaissance de quatre personnes ou plus, je risquais de noyer mes lecteurs sous un nombre impossible de détails, d’expositions de caractères, d’histoires personnelles. L’ensemble allait être, par conséquent, ingérable en diluant trop l’intrigue principale.
Cinquième question: comment répondre à mes questions?:)
J’avais posé mes personnages, les deux époques. Mes choix m’imposaient des recherches historiques. Les besoins en renseignements couvraient de larges domaines: la société au XVIIIe, les costumes, les mœurs, les habitats, les traditions, la noblesse, la Révolution, les armes.
Pour les vêtements, vous pouvez lire le résultat de mes investigations à la rubrique suivante. Je l’ai d’ailleurs développée par rapport à ce que j’avais écrit précédemment.


3. Le costume français au XVIIIe siècle: une passionnante recherche documentaire
Trois de mes personnages -Aude, Rémi et Rodolphe- ont vécu durant le Siècle des Lumières. Lorsque Alex les rencontre, ils portent les vêtements qu’ils avaient au moment de leur mort, en 1794. Je souhaitais que mes descriptifs de leurs habits soient véridiques. Lors de ma visite au Musée Galliera de Paris, j’ai acquis deux livres:
- «Se vêtir au XVIIIe siècle» par Madeleine Delpierre et Françoise Tétart-Vittu, Ed. Adam Biro.
- «Indispensables accessoires, XVI e-XXe siècle» par le Musée de la Mode et du Costume, Ville de Paris.
Le premier point était la condition de ces protagonistes. Un bourgeois, un noble ou un paysan s’habillait différemment: pour la tenue, les coupes, les tissus ou les parures employés. Difficulté supplémentaire: les habits n’étaient pas similaires suivant les moments (jour, soir), les usages (occupation quotidienne, promenade, voyage, etc.), la fortune des gens, les régions ou traditions. En plus, au cours de ce même dix-huitième siècle, les tenues vestimentaires avaient toujours suivi une évolution. L’arrivée de la Révolution avait également apporté quelques changements. Les individus s’étaient libérés de certains carcans. Je pouvais donc retirer la perruque à mes personnages! Ce qui me convenait. Des descriptifs détaillés et des dessins contenus dans ces ouvrages m’ont permis de mieux comprendre les habits de mes protagonistes masculins. J’ai pu ainsi employer les termes adéquats. C’était assez amusant, je l’avoue, d’user de mots exacts et dont les sens différaient selon que nous étions au XVIIIe ou au XXIe, comme la culotte! Dans ce même musée, j’avais obtenu deux cartes postales qui m’ont été d’un grand secours. Elles représentent un gilet vers 1790 en satin de coton et une robe à l’anglaise vers 1787 en taffetas jaune. Voici leur description:
- Côté recto de la carte
- Côté verso de la carte.
D’emblée, j’ai opté qu’Aude avait choisi une tenue pratique pour son voyage. Cette carte m’a donné des éléments indiscutables de réponse. J’ai alors décrit cette robe, en ne changeant que la couleur!:)


Haut de la page