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Dominique Letellier, auteur
















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PRISONNIERS DE L'ENFER VERT

Le texte présenté sur ce site n'est absolument pas définitif.
Tous les chapitres de ce roman sont en cours de réécriture.


Chapitre 1

30 juillet 2014
Lima
PEROU

                 L’aéroport Jorge Chávez, situé à une dizaine de kilomètres de Lima, connaissait une effervescence malgré l’heure tardive : peu après minuit, plusieurs avions s’envoleraient pour des destinations internationales. D’une oreille distraite, Jocelyne entendait les messages se suivre dans les haut-parleurs. Ce salon qui accueillait les titulaires des billets pour la classe économique lui offrait un calme relatif. Des passagers inquiets effectuaient les cent pas. D’autres sortaient des boutiques hors taxes. Quant à ces deux-là, pourquoi se disputer avant un voyage ?
                 Trois semaines plus tôt, la jeune femme était arrivée au Pérou. Elle avait toujours rêvé de découvrir ce pays, ses habitants, ses sites historiques. Elle avait réservé son argent depuis près d’un an, organisé son déplacement étape par étape. Maintenant, il était l’heure de revenir vers la France... Jocelyne avait rencontré des gens chaleureux, visité des lieux marquants, n’avait pas pu résister à l’appel de Machu-Picchu. Une seule excursion ne figurait pas à son tableau. Elle restait philosophe. Ce voyage avait été magnifique. Elle avait profité de chaque jour et elle gardait des souvenirs en tête, quelques-uns dans ses bagages.
                 Agée d’un peu plus de trente ans, les cheveux châtains courts, les traits déterminés, la jeune femme posa ses yeux bleus sur l’écran : le départ approchait. Une fois encore, elle observa les alentours. Hormis deux groupes de touristes, il s’agissait surtout de passagers. Et moins de quinze femmes étaient des Européennes, comme cette maman qui berçait son garçonnet. Un homme blond avait d’abord sorti son jeu de cartes sous l’œil intéressé d’adolescents : une belle partie s’engagea. Cette Caucasienne d’une cinquantaine d’années ne cessait d’agiter son foulard malgré la climatisation. Son blouson bien refermé - peut-être aussi par sécurité - un autre homme, brun, dormait sereinement. Lui, là-bas, avec son appareil photo autour du cou, il était nerveux. A l’inverse, ce couple était seul au monde… Ses futurs compagnons de voyage durant un long vol… De toute évidence, l’avion serait loin d’être complet, du moins entre Lima et Cayenne.
                 L’instant était arrivé. Jocelyne emprunta la première le couloir d’accès à l’avion. A la passerelle, un steward lui souhaita la bienvenue. Avec un pincement au cœur sachant que, cette fois, elle quittait le Pérou, la Française déboucha sur l’allée de la cabine. Elle vit alors deux hommes, assis côte à côte. Jocelyne fronça les sourcils. Elle ne les avait aperçus ni dans la salle d’embarquement ni dans un autre lieu de l’aérogare. Hasard curieux : son siège se trouvait sur la même rangée, séparé par un ensemble de trois places. Evitant de regarder ces inconnus vêtus d’un costume civil, elle s’installa, décision sage puisque des passagers arrivaient. Elle avait le fauteuil près du hublot. Celui de gauche resta vacant ; elle aurait plus de latitude pour se mouvoir.
                 A chaque décollage, Jocelyne éprouvait une appréhension. Les roues avalaient le tarmac, l’avion prenait de la hauteur. Quinze minutes plus tard, sa peur s’envola, elle aussi. Le personnel était aimable, disponible. Dans une journée, la jeune femme aurait retrouvé son frère, son père et la variété de sa vie à Paris, mais ses péripéties péruviennes seraient ancrées en elle… Jocelyne opéra un tour d’horizon. Des hommes d’affaires ouvraient leur mallette. Certains voyageurs liaient connaissance... Le commandant de bord les informa des paramètres de vol. Quand il se tut, les activités se poursuivirent. Jocelyne continua son examen... sur ses voisins. D’après son physique, elle jugea le premier, proche du couloir, comme étant Péruvien : il lisait une revue. La jeune femme se pencha discrètement. A côté du hublot, âgé d’une trentaine d’années, la peau blanche et les cheveux châtains, le deuxième inconnu semblait être Européen. Il observait le paysage. Il changea de position et Jocelyne aperçut des menottes à ses poignets. Quelques secondes lui furent nécessaires pour se remettre de sa stupéfaction, puis de comprendre que le compagnon de cet inhabituel passager était un policier. Jusqu’où iraient-ils ? Cayenne ? Paris ? Ou une destination tierce ? Fixant toujours les liens, Jocelyne sentit un regard. L’un des hommes avait réalisé sa découverte. Lequel ? La jeune femme tenta de se concentrer sur une brochure… Les autres voyageurs avaient-ils conscience de la présence du prisonnier à bord ? Après réflexion, elle pencha pour la négative. Les inconnus avaient emprunté les couloirs réservés au personnel. Ensuite, ils s’étaient installés en premier. Le détenu était donc près du hublot. Ses mains reposaient entre ses cuisses et sa jambe droite était surélevée. Son attitude avait dissimulé les menottes à tous... Quel crime avait commis cet homme ? Quelle était la durée de sa peine ? Pourquoi avait-il été jugé au Pérou alors que son physique laissait à supposer qu’il n’était pas originaire de ce pays ?... Jocelyne préféra ne plus penser à cet étranger, aux interrogations qu’il lui suscitait, devinant qu’elle n’aurait jamais de réponse. Elle recouvrit son corps de la couverture. La tête contre le coussin, elle ferma les yeux. Ses boules de protection dans les oreilles lui assureraient un sommeil réparateur.
                 Le soleil était apparu dans ce ciel bleu. Le paysage offrait des tapis de verdure, parsemés de brume. Paola, l’une des hôtesses, sourit à Jocelyne qui s’attabla devant du jus d’orange, un café, des viennoiseries : l’idéal pour débuter cette journée. La Française ne put se retenir de scruter ses voisins qui déjeunaient. Le policier était penché, ce qui ôtait de la visibilité... Un tour aux toilettes pour se débarbouiller, se peigner... Les plateaux disparus, chaque passager reprenait son activité favorite malgré des turbulences. Jocelyne crut percevoir un bruit vers sa droite. Elle se persuada que son imagination lui jouait des tours... Sa curiosité était vraiment la plus forte ! Elle reporta son attention sur ses voisins. Le policier lisait alors que le prisonnier était pensif. Les questions à son sujet lui revinrent. Irait-il jusqu’à Paris ? Qui était-il ?... Ses idées se mêlèrent soudain à d’autres. Un élément la tracassait. Un steward passait : il était calme. Oui, ils avaient pour obligation de rassurer les voyageurs ! La réalité la cingla. Assourdi, le moteur de droite était devenu silencieux. C’était cette absence de bruit qui avait heurté précédemment son esprit. Autour d’elle, des personnes éprouvaient des inquiétudes similaires… Jocelyne voulut interpeller Paola, mais la Péruvienne rejoignit l’espace réservé au personnel. Un message avertissant de rejoindre son siège et de boucler sa ceinture fut lancé… L’environnement était gris ; les turbulences s’étaient accentuées. D’instinct, la jeune femme croisa les doigts et pensa à sa famille… Ils ne rêvaient pas : un moteur s’était tu. Et ces turbulences ? Elles gênaient l’avion qui tanguait. Non, tout à l’heure, nul ne les avait ressenties ainsi… Non. Non… Aux voix, aux pleurs, l’angoisse montait chez tous les passagers… Toujours ce silence pour ce moteur… Encore ces turbulences… Jocelyne tenta de réguler sa respiration. Elle devait demeurer calme… Le haut-parleur grésilla.
« - Ici le commandant de bord. Votre attention, s’il vous plaît ! Des problèmes de réacteurs nous empêchent de poursuivre notre vol comme prévu. Nous devons nous poser dans les plus brefs délais. Veuillez respecter les consignes de l’équipage. »
Un brouhaha apparut ; un bref cri s’entendit. La voix d’un homme s’éleva, une voix très calme :
« - Obéissons et gardons notre sang-froid. »
Ses ultimes mots furent couverts par une cacophonie. Les voyageurs situés près des ailes échangeaient leurs certitudes : oui, les deux moteurs s’étaient vraiment tus. Le chef de cabine exigea le silence. Des membres du personnel circulèrent pour tranquilliser leurs clients, veiller à ce que les consignes fussent exécutées. Prestement, ils bloquèrent les casiers, libérèrent les sièges du superflu. Jocelyne attacha sa ceinture d’une main tremblante malgré sa volonté. Elle pensa à son père veuf, son frère, sa grand-mère, à leur angoisse quand ils apprendraient que l’avion n’était pas arrivé à Cayenne. D’une manière étrange, elle se demanda ce que pouvait ressentir le prisonnier : condamné par la justice et, maintenant, une survie hypothétique. Le visage de l’homme était impassible, comme s’il était insensible à la tragédie... L’avion avait perdu de la vitesse, de l’altitude. Les arbres surgirent, plus gros que tout, démesurés. Sous l’effet d’une turbulence, la carlingue tangua. Un coffre, mal fermé, s’entrouvrit. Des sacs chutèrent à la secousse suivante. S’écrasant sur le sol, une mallette imposante fit tressaillir Jocelyne. Dans cette position préconisée, courbée, la tête dans ses bras repliés et... les poings serrés, la jeune femme tenta de visualiser grâce aux sons ce qui se déroulait à l’extérieur... Avec tous ces bruits... Le ventre puis les ailes de l’appareil éraflaient les branches des cimes. Ce vacarme, mêlé à ces cris, ces pleurs… Jocelyne voulut éloigner l’idée terrible si l’avion prenait… Non, penser à son père, son frère, sa grand-mère, aux heureux moments qu’elle avait vécus… Ces bruits à déchirer les tympans… La vitesse avait encore régressé, encore et encore. Il fallait trouver cet espace déboisé… Les sons étaient dorénavant différents ou, plutôt, la carlingue ne frôlait plus autant des branches. L’équipage avait déniché cet endroit miraculeux ? Un plateau, une zone rocailleuse, où les arbres avaient cédé leurs places à de simples herbes… Peut-être… Les roues du train d’atterrissage venaient de heurter le sol. Jocelyne admira le sang-froid et la maîtrise du commandant, ceux de l’équipage… De nouveau, la carlingue toucha par à-coups le terrain. A présent, elle roulait, enfin, s’était affaissée, glissait davantage… Dans la cabine, toujours ces pleurs… Dehors, ce grincement infernal du métal et de la pierre qui s’affrontaient. Leur défi sembla interminable. Et la lisière ? Pourvu que... Oh ! L’avion s’était immobilisé avec une dernière saccade… Le front sur l’oreiller, Jocelyne sut qu’elle était indemne. Elle devait avoir une seule idée... Sortir...




Avec mes plus grands remerciements à Messieurs Julien et Rolland (anciens pilote et commandant de bord), membres de l'AAMA (Association des Amis du Musée de l'Air) qui m'ont apporté de très nombreux et précieux renseignements.




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