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Dominique Letellier, auteur
















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Légendes

Avec Alex, rencontrez
des fantômes bloqués
dans un château muré en Normandie
et menez l'enquête !
























Vous
voulez connaître
des anecdotes
sur l'écriture de
Légendes ?


- Quand la fiction rejoint la réalité !
- Bizarre ! Vous avez dit "Bizarre" ?
- La maison en enfer
- Naissance d'un roman


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LÉGENDES

Chapitre 2


                 La jeune femme sortit de sa cachette. Avec hâte, elle parcourut le sentier d’où venaient les individus. La piste se rétrécissait. Les ronces étaient plus nombreuses. Alex poussa un juron. Le matin, elle avait revêtu un tee-shirt et une jupe arrivant à peine aux genoux. Bien que, dès son lever, elle eût su le but de son excursion, la chaleur l’avait persuadée de s’habiller ainsi. A cette seconde, elle regrettait de ne pas avoir mis son jean plus pratique lorsqu’elle se rendait au Domaine. Une égratignure marquait sa jambe droite. Tant pis ! Elle se soignerait en rentrant. Une branche craqua sous son pied. Alex grimaça. Un chêne avait été touché par la foudre. Isolé heureusement, l’arbre n’avait pas incendié le reste de la forêt, comme cela aurait pu être le cas. Maintenant, le sol était totalement boueux, imprégné par des flaques d’eau plus ou moins importantes. La jeune femme marcha sur le côté, bordé par les fougères. Le vent avait été plus violent ici qu’au village. Des branches dénudées, de nombreuses feuilles jonchaient la voie. Elle repensa aux deux hommes. Que pouvait-elle faire ? Les dénoncer ? Non, les gendarmes lui riraient au nez. Même si la légende était encore bien vivante, personne n’osait avouer y croire… Une légende ?... Non, le Domaine existait bien, lui... La preuve…
                  Au détour du chemin, il venait de surgir, face à Alex. Comme à chaque fois, son cœur battit plus fort. Elle l’avait vu des centaines, des milliers de fois mais ses sensations demeuraient toujours les mêmes. Elle restait émerveillée devant cet imposant château, bouleversée par son passé dramatique et émue devant ces légendes tenaces. Construite au Moyen Age par le seigneur de Rouvray, la propriété avait été rénovée et agrandie durant la Renaissance. Le marquis d’alors avait ajouté de nouvelles pièces, des dépendances, des jardins... Cet ensemble donnait au manoir une identité un peu étrange qui semblait hors du temps. C’était pour cette raison que les villageois lui attribuaient le nom de Domaine qui lui correspondait davantage qu’une autre appellation. La forêt, le lac, les terrains environnants lui appartenaient... Sauf que, aujourd’hui, nul ne l’habitait, nul ne se disait possesseur de cet ensemble si fier jadis... En fait, son destin avait basculé près de deux siècles auparavant. Jusqu’à la Révolution française, la vie y était joyeuse; les fêtes nombreuses sans être démesurées. Le marquis et sa famille étaient respectés dans le village... Les événements historiques avaient tout bouleversé. Les changements dans la capitale s’étaient étendus à la Normandie et à Rouvray. Certaines catégories de population fuyaient Paris. Des brigands hantaient les campagnes. Des rumeurs avaient couru, laissant entrevoir que le marquis abritait parfois des nobles désireux de rallier Londres pour sauver leur vie. Il avait été rapporté en effet qu’il fournissait à ses hôtes, outre l’hébergement, un cheval ou une diligence pour gagner un port normand. L’homme, quant à lui, refusait de quitter le Domaine et ses terres. Un soir, en juin 1794, des bandits s’étaient introduits dans la demeure, assassinant le propriétaire, les domestiques et des visiteurs. En même temps, un violent orage s’était abattu sur la région, la foudre touchant le château même, incendiant une partie de l’habitation. Depuis, les ruines s’abîmaient au fil du temps, rongées par le souvenir de cette nuit tragique. Pour éviter les pilleurs et les accidents, la mairie de Rouvray avait fini par condamner les ouvertures, déjà pourtant quasi comblées par des planches, poutres et ardoises tombées. Le Domaine gardait ainsi son secret et… son trésor… Car c’était ce fabuleux trésor dont les deux inconnus cherchaient à s’emparer. Alex en était absolument convaincue. Tout en longeant le vieux mur, elle pensa à cette légende. L’histoire racontait que le marquis avait mis à l’abri des coffres remplis de lingots, de pièces d’or et d’argent, des gemmes que ses ancêtres avaient ramenées d’Afrique, des Indes et du Moyen-Orient. La jeune femme avait lu également sur des documents non certifiés que, pendant les deux périodes de la Terreur lors de la Révolution, des voyageurs en fuite avaient confié une somme importante à leur hôte en guise de remerciement. Réalité ? Légende ? En tout cas, le trésor du marquis de Rouvray n’avait jamais été retrouvé... Et puis, la nature s’était liguée contre les hommes. Les ronces avaient fait leur devoir, envahissant les accès, les lierres bouchant les rares fenêtres intactes. Dans les années trente, un groupe d’historiens avait investigué. Il avait creusé quelques trous, ausculté des parois et il avait échoué. Les pièces n’avaient rien révélé; les souterrains étaient toujours demeurés cachés. Comme si le Domaine voulait être encore inaccessible, pour tous, pour les siècles à venir… Alex soupira. Malgré tout, elle ne perdait pas espoir de découvrir la vérité, d’autant plus que cette quête lui permettait d’occuper ses journées, de réfléchir constamment. Elle savait qu’un jour ses recherches rencontreraient le succès. Lors de ses moments de doute, elle se disait que, lorsqu’elle était dans le manoir, celui-ci revivait un peu d’une façon, fier de recevoir une visiteuse qui voulait le comprendre.
                 A présent, la partie la plus laborieuse restait à accomplir : pénétrer à l’intérieur. Alex sourit en observant Joey. C’était grâce à lui qu’elle avait déniché le moyen d’entrer dans le cœur de la propriété. Alors que le rempart continuait, des épineux, des broussailles coupaient net la sente. A droite, la forêt touffue se dressait, magistrale. La jeune femme était donc face à un cul-de-sac. Ou plutôt non, pas tout à fait. Car, un jour, Joey s’était glissé à travers cette barrière naturelle. Son chien se trouvant soudain prisonnier, Alex avait dû ramper pour aller le délivrer. Au-delà de ce piège, elle avait constaté que le bouclier de buissons s’éclaircissait. Le lendemain, munie d’une hachette, elle s’était frayée un passage. Celui-ci l’avait menée au bord d’un cours d’eau. D’un côté, la rivière coulait dans les bois. Mais, à gauche, elle conduisait jusqu’à un boyau.
                 Comme à chaque fois, Alex grimpa sur les pierres. A cet instant précis, elle savait très bien qu’elle faisait preuve d’imprudence. Les tourbillons jetaient de l’embrun sur les roches, les rendant glissantes. Une chute dans l’eau réglerait tous ses tourments en raison du courant et des rochers parsemant le lit... excepté que ce chemin très étroit représentait le meilleur et... le seul biais pour s’introduire dans le Domaine même !... Avec soulagement, la jeune femme mit sa main sur le mur d’entrée de la grotte. La plus grande difficulté était vaincue. Alex s’adossa contre la paroi, Joey à ses côtés. Cette galerie, en partie naturelle, avait été modifiée par des ouvriers. Les murs étaient très lisses, la rive aménagée. Des humains avaient marché là, bien avant elle. Elle en avait une preuve supplémentaire. Cette date dans le mur : 15 mai 1792. Etait-ce un aristocrate sur le sentier de la liberté qui avait gravé cette inscription ? Un peu plus loin, dans la forêt, la rivière redevenait souterraine et impraticable pour un canot. Mais qu’en était-il plus de deux siècles auparavant ? Elle autorisait peut-être une fuite salvatrice. La jeune femme grimaça. Combien de personnes avait été sauvées par le marquis de Rouvray au risque de sa propre vie ?... Elle frémit. Un nouvel éclat de tonnerre avait surgi quelque part. Joey la fixa.
« - Allez, viens, mon grand ! Continuons notre promenade... Et puis, nous sommes à l’abri ! »
Ses paroles ne semblèrent pas persuader son chien. Pour le rassurer, elle le prit dans ses bras. Légèrement courbée, à cause de la hauteur du tunnel à cet endroit, Alex avança. Une après-midi, avec Chris, elle avait plongé dans ces eaux moins tumultueuses qu’à la sortie. Toutefois, les puissantes lampes qu’ils avaient emmenées n’avaient rien dévoilé. Le fond de la rivière était désert hormis des algues, des poissons, un coffre vide. Ils avaient été énormément déçus, tout en reconnaissant que cette cachette potentielle n’aurait pas été très judicieuse... La jeune femme posa Joey à terre. Ils étaient arrivés devant cette grille de fer forgé qui, naguère, fermait l’accès à cette galerie. Cette porte, cette main courante, ces appuis où des lanternes pouvaient être déposées, et même ces amarres… Elle frissonna. Ces objets lui rappelaient le temps où le Domaine vivait. Elle avait l’impression qu’une ombre perpétuelle agissait ici, prisonnière des siècles, du passé...
                  Alex emprunta un escalier. Après un corridor qui montait, elle parvint au rez-de-chaussée. Un second couloir se présentait à la jeune femme. Il était encombré de pierres qui s’étaient effondrées. Elle se tenait dans la partie de la propriété qui avait brûlé. Les dommages, les décombres étaient considérables. Rien ne reflétait la beauté antérieure du manoir. Tout n’était que perte, amertume, désespoir, douleur et témoin de cette terrible nuit. Comme à l’accoutumée, Alex regarda où elle mettait les pieds et les mains. Plus agile, plus rapide qu’elle, Joey aboya.
« - Oui, j’arrive... Mais je n’ai pas quatre jambes, moi ! Tu triches, mon vieux ! »
Ouf, elle était arrivée dans la cuisine. La grande cheminée était l’unique rescapée. Pas un meuble n’avait échappé à l’incendie. Tout était calciné : les chaises, les assiettes, les serviettes... Le feu avait détruit ces vestiges de la vie quotidienne. Alex avait toujours pensé que la foudre était tombée là, ravageant tout sur son passage. Avec un autre frisson, elle quitta la pièce pour pénétrer dans l’immense cour. Au loin, elle voyait la porte qui conduisait à l’ancien chemin pavé menant au lac. Dorénavant, cette ouverture était impraticable lorsque l’on venait de l’extérieur. Tout était barricadé par les innombrables gravats, par le travail du temps, par la main humaine...
                 Dans un coin, une diligence aurait pu attendre ses passagers si elle n’avait pas été dans le même état que le château : délabrée. Elle aussi avait brûlé comme en témoignaient le reste du cuir, les arceaux, le toit. Dès qu’elle la voyait, Alex songeait à ceux qu’elle avait menés vers la liberté. Et en ce jour de juin 1794, allait-elle accomplir un nouveau voyage ? Nul ne saurait jamais totalement la vérité. Dans un livre, la jeune femme avait lu le témoignage d’un prêtre. D’après des faits qui lui avaient été rapportés, l’homme racontait que des villageois étaient allés au Domaine, le lendemain du violent orage, pour savoir si la résidence n’avait pas trop souffert. Ils avaient découvert un spectacle de désolation : la demeure était à moitié détruite, saccagée, et des corps gisaient sans vie. Ceux qui avaient échappé aux brigands avaient péri dans l’incendie, ainsi que les bandits eux-mêmes.
                 Alex poussa un battant. Le parc, autrefois majestueux, aujourd’hui en ruine, ne respirait plus le bonheur de s’y promener. Pourtant, actuellement, il s’agissait de son endroit favori. Les parterres, les fontaines, les statues avaient formé un ensemble harmonieux. Riche, le dernier marquis de Rouvray avait pu requérir les talents d’un paysagiste doué... Le regard de la jeune femme se porta sur une petite surface. Patiemment, elle essayait de faire pousser des fleurs pour redonner une gaieté au lieu. Même si c’était insensé, une volonté l’y guidait, un sentiment fort qui ne voulait pas partir. Alex marcha à travers les allées de sable, de gravier, connaissant par cœur ce labyrinthe de haies de hauteurs variables. Dans la cour, les dégâts de l’orage de la veille étaient moindres. Des ardoises surtout, des poutres étaient détachées, cependant rien d’important ou qui ne pouvait endommager le manoir encore plus. Dans ce jardin, la jeune femme constata que cela était différent. Un buisson qui décorait le centre d’un bassin avait été touché par la foudre. Son emplacement avait épargné des préjudices plus sérieux. De multiples branches traînaient sur le sol. La tonnelle... Oh ! Qui eût pu penser que des gens riaient ici, lisaient ou se parlaient tendrement? La tempête l’avait massacrée davantage : il restait des morceaux épars. Désemparée, Alex voulut redresser une paroi latérale. Mais, à son toucher, la cloison s’effondra lourdement par terre.
                 Un éclair zébra le ciel. Joey entra dans l’ancienne bibliothèque. Cette fois, une détonation retentit. Au bruit, l’orage n’était vraiment pas loin. Des feuilles d’un bouleau s’envolèrent. Un rameau du grand chêne qui abritait jadis la tonnelle se rompit. Alex vit une souris passer à une vitesse folle. Une certaine inquiétude s’empara d’elle. Quoi ? La souris... Non, elle s’en moquait bien qu’elle n’aimât pas ces rongeurs. Un jour,dans le souterrain, elle avait rencontré un gros rat qui avait paru avoir eu plus peur qu’elle... Elle regarda le ciel gris pâle. Près d’une statue, à l’extrémité d’une haie, le feuillage avait bougé. Non, non, il ne pouvait pas y avoir quelqu’un. Non, impossible! De même pour un animal. Sans savoir pourquoi, ou par un sursaut d’orgueil, pour se prouver à elle-même qu’il n’y avait rien à craindre, Alex s’approcha du lieu dominé par les buissons, les herbes folles, des arbustes. En grommelant, elle parvint jusqu’à un mur. De là, elle avait une vue plus générale sur le parc: il n’y avait rien, ni personne. Elle se retourna et posa sa main sur le lierre. Machinalement, elle écarta des pousses. Elle délogea une araignée de sa jupe; une autre égratignure marquait son mollet droit. Elle reporta son attention sur le jardin.
« - N’importe quoi ! Tu es cinglée, tu sais… C’est le vent... Tu ferais mieux de partir ou, plutôt, tu ferais mieux d’aller rejoindre Joey. »
Tout en parlant, la jeune femme avait épié l’entrée de la bibliothèque. Oui, son chien était parfois plus sensé qu’elle. Mais fallait-il toujours être aussi raisonnable dans la vie ? Pourquoi fallait-il... Elle interrompit ses méditations, la tête tournée vers l’ouvrage en maçonnerie. Elle avait fini par couper plusieurs petites branches et un carré vierge blanc était apparu. D’après ses calculs, c’était l’écurie qui se dressait là, derrière. Alors... Alors... Un nouvel éclair illumina le ciel. L’instant d’après, Alex eut l’impression que ses tympans éclataient sous l’effet d’un bruit assourdissant : la foudre venait de frapper dans le parc. Elle éprouva un soudain vertige et elle perdit connaissance.

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