PIÈGES

LES PERSONNAGES


1. Mes idées sur chacun ou presque...
Pour Pièges, je savais très bien au départ qui était qui naturellement. Les dialogues, les événements m’ont permis toutefois d’éclaircir certains points, d’affirmer, d’affiner des rapports au fur et à mesure de l’écriture de mon roman. C’était passionnant encore une fois mais, durant ce travail, il faut savoir garder toute sa concentration pour rester dans une logique qui doit être totalement absolue.

MARION
Etant moi-même du sexe féminin, il me paraît plus logique, ou plus simple, que mon personnage principal soit une femme. Il en va ainsi dans tous mes romans jusqu’ici d’ailleurs. Grâce à cette femme ordinaire qui affronte des événements particuliers à un moment donné de sa vie, le lecteur va vivre en même temps qu’elle l’histoire particulière et extraordinaire vécue par mon héroïne.
Car Marion est une jeune femme dont la vie était jusqu’à présent normale. Le drame qui touche un jour sa propre cousine avec qui elle a été élevée la révolte et la décide à agir parce qu’elle ne se sent pas le droit d’abandonner Jessica une deuxième fois; la première est de n’avoir rien vu quand sa cousine se droguait.
Marion a deux qualités: elle est persévérante et elle est prête à tout pour réussir les objectifs qu’elle s’est fixée. En même temps, elle reste humaine. Très tôt, elle est confrontée en son for intérieur à des questions, pour Philip notamment. Cependant, elle sait qu’elle doit mettre ces dilemmes de côté sinon ils vont l’écarter de son objectif. Elle demeure aussi méfiante envers la police, surtout lorsqu’elle s’aperçoit que Anthony Forbes lui cache des éléments dès leur premier entretien. Et elle devine également que le policier, lui-même, est sceptique sur ses motivations et son courage. Leur confiance l’un envers l’autre est plutôt... bancale...


PHILIP
Que John-Philip O’Malley ait un jumeau n’était pas, à mes yeux, la solution miracle pour que l’intrigue se poursuive au-delà de la mort de John-Philip et ce, accompagnée de quelques artifices.
En fait, garder John-Philip (et renoncer au frère jumeau) aurait été intéressant surtout vis-à-vis de Marion. Comment mon héroïne aurait-elle pu se comporter à moyen et à long terme avec un véritable trafiquant? Et quelle aurait été l’attitude de John-Philip à la fin du livre: aurait-il accepté sa condamnation ou se serait-il enfui?
En réalité, en décidant l’existence de Philip O’Malley, j’ai surtout été intéressée par plusieurs sujets:
- Que peut ressentir un être humain lorsqu’il prend conscience qu’il ne sait plus rien à son propos?
- Quand, en plus, on lui annonce qu’il est un criminel?
- Le malaise indiscutable ressenti par Philip envers Marion; de sa gêne, quand, au départ, il pense être un trafiquant et qu’il a honte de ses actes parce qu’il ne s’imagine pas être un trafiquant dans la réalité, dans SA réalité.
- Son autre malaise quand il apprend la vérité au sujet de John-Philip et de lui-même. Vis-à-vis de Jessica et de Marion, il est mortifié par les activités de son frère, que celui-ci ait été le responsable indirect de la mort ou de la déchéance de tant de personnes droguées.
- Philip et Greeman/Grant
Même Philip est surpris de la tournure de ses relations avec ces deux hommes. Et quelque part, il en est perturbé. D’une façon, il arrive à se lier avec eux amicalement, malgré leurs positions respectives. En plus, Philip a une sorte de remords lorsqu’il s’aperçoit qu’à la suite de l’attentat contre sa voiture, Greeman est si bouleversé...
- Philip et Forbes/Brandt
Par extension, ses rapports sont plus tendus avec Brandt et Forbes qui représentent la loi que les deux nommés dans l’alinéa précédent!
- Enfin, j’étais intéressée par la propre relation entre Philip et son frère. Ils sont, ou plutôt, ils étaient jumeaux. Philip s’imaginait être très proche de John-Philip. A plus forte raison, d’ailleurs, puisqu’ils ont grandi ensemble et jusqu’à leur vingt-huit ans, ils n’avaient, a priori, aucun secret l’un pour l’autre. Aussi, Philip croyait très bien connaître son frère. D’un seul coup, ses croyances s’écroulent et le choc est d’autant plus violent que son jumeau faisait partie d’une bande de trafiquants. Finalement, en un sens, ce n’est pas tant la mort de son frère qui le meurtrit autant (bien qu’il l’ait vu mourir devant ses yeux et qu’il n’ait rien pu empêcher), mais ce qui le blesse tellement est de réaliser, de comprendre enfin que son propre jumeau lui avait tant menti, avait tant triché à son égard, qu’il avait rompu cette sorte de pacte entre eux en franchissant la frontière de l’illégalité absolue, et était devenu un meurtrier en raison de la drogue qu’il fabriquait et qu’il vendait.
Et le plus atroce pour Philip est qu’il est parfaitement conscient à l’heure actuelle qu’il ne s’est rendu compte de rien, qu’il n’a donc rien pu éviter et qu’il ne saura jamais pourquoi son frère a ainsi changé.
Puis, comme Philip l’avoue à Marion, dorénavant, il sera obligé de vivre en taisant cette vérité à ses parents. Parce qu’ils souffriront déjà de la perte de leur enfant, il ne veut pas leur infliger une autre douleur... Alors, John-Philip l’a trahi, mais, lui, Philip, au-delà de tout, de sa propre souffrance morale, il refuse de trahir son frère en révélant ses crimes et son passé criminel.
C’est aussi pour cette raison que Philip se rapproche autant de Marion, une fois qu’il sait la vérité à son sujet. La jeune femme est la seule personne à qui il peut confier ses tourments et que, de cette façon, il peut tenter de se libérer de ses propres démons récents.


LA RELATION ENTRE MARION ET PHILIP
La relation très ambiguë et complexe qu’ils entretiennent tous les deux m’a beaucoup plu à narrer.
Dans l’avion, Marion remarque déjà Philip, puis elle devine qu'elle n’est pas indifférente à son charme. Or, cela est contraire à son code moral: Philip O’Malley est un trafiquant et elle les combat, elle les haït. Elle ne peut donc pas entretenir une amitié avec lui, et, encore moins, une relation amoureuse... Cela est impossible...
Pour Philip... Au départ, il est davantage tourmenté de découvrir les raisons de son amnésie, d’en savoir plus sur ses activités de trafiquants (ce qu’il imagine être). Il est également horrifié de s’apercevoir qu’il est un gangster. En même temps, il réalise que son état de bandit ne lui permettra jamais d’entretenir une relation (même amicale) avec Marion.
Ensuite, quand vient la vérité sur l’identité réelle de Philip: la situation n’est pas si simple. Marion sort d’une relation amoureuse (d’ailleurs, pour Matthias, leur relation n’est pas finie à ses yeux). Matthias ne la soutenait pas à 100 % pour son combat contre les trafiquants. La jeune femme vient à Vancouver pour une raison bien précise, un combat dangereux pour lequel elle doit être disponible à 120%.
Enfin, il est vrai qu’ils ne sont pas si indifférents l’un envers l’autre. Mais ils savent qu’ils vivent une aventure (au sens premier du terme) exceptionnelle et qu’ils doivent garder toute leur concentration et leurs efforts sur elle. Ils ignorent aussi les pensées véritables l’un envers l’autre et leur désir réel d’engagement (ils vivent d’ordinaire à dix mille kilomètres).
Leur fausse relation amoureuse les arrange bien évidemment, mais en même temps, ignorant les vraies pensées de chacun, tous deux ont l’impression d’abuser de la situation. Leur amitié amoureuse m’a intéressé à raconter, c’est vrai... Il y a beaucoup de non-dits entre eux... des problèmes à régler, chacun de leur côté... mais l’un des thèmes principaux de Pièges est d’abord l’amitié, la confiance envers l’autre, ce qui explique la fin et les dernières lignes de mon roman.
A ce propos, cela n’empêche rien: je n’ai jamais prétendu qu’ensuite Philip et Marion ne se revoyaient pas...:):)


MEI SHUNFU
En fait, hormis Philip (ou presque, voir l’ultime piège élaboré), il est la seule personne qui ait toujours dit à Marion toute la vérité.
Et il ne lui rapporte que des faits dont il soit convaincu de l’authenticité. Mais lui aussi, il se fait piéger par la police lors du dernier chapitre...


ANTHONY FORBES / WALTER BRANDT
Le devoir passe avant tout; les sentiments, les doutes, les remords n’ont pas leur place.
Leur attitude envers Philip est méprisable, ils le savent bien, mais en même temps, ils sont conscients qu’ils n’ont pas le choix. Ou sinon, c’est un plan élaboré depuis plusieurs mois qui ne pourra pas voir finalement le jour.
Bon gré, mal gré, Philip doit coopérer avec eux. Au pire, son assassinat résoudrait certains problèmes: Greeman et Grant croyant à un règlement de compte du camp adverse.
C’est aussi ce thème-ci qui m’a passionnée: les grands moyens pour réussir une enquête... Et si l’on doit sacrifier quelqu’un: pourquoi pas!
Jusqu’à quel point la police peut-elle intervenir, manigancer un tel piège pour arrêter des trafiquants? Jusqu’à quel point peut-elle manipuler une personne innocente, peut-elle prendre le droit de lui mentir jusqu’à sa propre identité et son parcours?... parce qu’elle est leur unique recours pour réussir des arrestations...??????
Je reviens là au thème évoqué pour Marion. Et si Brandt et Forbes avaient fait confiance d’emblée à Philip? Et si, à l’hôpital de Kamloops, ils lui avaient dit la vérité: son frère trafiquant mais décédé et leur impératif qu’il -Philip- prenne sa place pour piéger les trafiquants définitivement?... Le traumatisme de Philip aurait été important certes en apprenant la vérité sur son frère, mais, ce même traumatisme, il le ressent au début d’octobre quand il retrouve sa mémoire. Si Forbes et Brandt avaient été plus diplomates, plus honnêtes, ils auraient pu gagner du temps et collaborer pleinement avec Philip qui, de son côté, aurait été davantage aidé pour endosser un rôle extraordinairement dangereux? Et ils auraient eu encore plus de chances de réussir à piéger leurs adversaires...
Voilà, la confiance est un élément capital. Si chacun avait eu davantage confiance en son prochain (je ne parle pas ici de Greeman et de Grant bien sûr), le déroulement de l’affaire aurait été certainement plus simple... dans une relative mesure...


LE CHAT de Norman Grant et de Larry Perkins
Il est un symbole de douceur parmi ces truands... qui sont aussi des êtres humains. Et puis, pourquoi ces hommes ne se seraient-ils pas attachés à ce chat bien affectueux?:)... Celui-ci est peut-être également leur seule faiblesse...


BERT MEIER
Bien qu’ils aient savamment élaboré leur piège, Forbes et Brandt n’ont pas pensé au grain de sable qui pourrait venir tout enrayer.
Ce grain de sable, je l’ai choisi en la personne de Bert Meier. Il est celui que nul n’attendait, ou plutôt, celui dont chacun sous-estimait les forces et surtout les ambitions, y compris la police. Car obnubilée par Greeman puis par Grant, celle-ci n’a pas pris la peine de vérifier la réelle valeur de ce malfaiteur. Progressivement, il apparaît. Il tisse sa toile et, enfin, il dévoile son jeu, ne reculant devant rien pour gagner la place de numéro un des trafiquants en Colombie Britannique. Sans se concerter ni collaborer, ce sont tout de même Greeman et la police qui finiront par anéantir Bert Meier; le premier en détruisant ses bureaux, ses locaux et tout son matériel, la deuxième en procédant à son arrestation par l’opportunité d’une certaine chance...


MATTHIAS LEBRETON
Ce personnage est l’élément clé qui vient tout à fait de l’extérieur. Il permet au lecteur d’en apprendre plus sur Marion et ses motivations. Il est le seul aussi à connaître la jeune femme bien avant la venue de cette dernière à Vancouver. Par là, et en raison même de leur liaison passée, il estime avoir un droit de regard sur les actions de Marion. Leur conversation téléphonique le dimanche soir puis la discussion au sein des locaux de la GRC le mercredi matin permet à mon héroïne de faire une mise au point sur elle-même, sur ses sentiments. En même temps, elle saisit qu’ils n’ont absolument pas de point en commun. En aucune façon, Matthias ne comprend sa raison première de vouloir confronter les trafiquants, ce qui ne sera pas le cas de Philip. Cette réflexion va la rapprocher du Canadien et la rendra plus forte dans son combat parce que Marion se sentira réellement soutenue.



2. L'origine des patronymes
Lorsqu’une idée de roman s’est développée, le premier travail qui s’impose est de trouver le patronyme de chaque personnage. Car qu’il ou elle soit le (la) protagoniste principal(e) ou l’individu qui ne viendra que pour quelques lignes, chacun doit avoir un patronyme à partir du moment où il est nommé au cours de l’intrigue. Cette étape n’est pas la plus aisée, et encore moins au bout de plusieurs livres. En effet, je ne peux pas donner deux fois le même prénom ou nom. Un réalisateur français a pour habitude de donner le même patronyme à son héros; c’est surtout un clin d’oeil cinématographique qui est amusant. Moi, j’aime bien en donner un qui soit différent.

MARION
Il m’est venu presque naturellement parce qu’il s’agit d’un prénom que j’aime bien depuis longtemps et qui n’est pas si courant. Marion est aussi un prénom masculin; preuve à l’appui, le vrai patronyme de John Wayne était Michael Marion Morrison. J’apprécie aussi cette masculinité pour mon personnage. Marion est une femme mais elle n’en possède pas toutes les caractéristiques. Ainsi, elle utilise la carte de la féminité (maquillage, tailleurs, jupe courte) mais uniquement pour montrer une certaine image d’elle et dont Marion joue habilement. Elle a aussi un côté casse-cou que renforce l’ambiguïté de son prénom, unisexe dans un pays anglophone, et encore plus, en Amérique du Nord.


PHILIP
Comme pour Marion, j’ai toujours apprécié ce prénom... mais écrit à l’anglaise. Plus court, il me semble plus vif, moins accessible, pour le prénom, mais même l’homme. «Philip» me permettait aussi d’associer facilement ce prénom à un autre, en l’occurrence «John». Ainsi, je créais «John-Philip» et «Philip», les prénoms de mes frères jumeaux. L’un serait le prénom du frère trafiquant et l’autre, celui du frère ingénieur. D’ailleurs, très tôt, j’ai voulu trouver une astuce pour appeler définitivement «Philip» par son vrai prénom. Le temps que Philip retrouve ses souvenirs, et par-là, son vrai prénom, me semblait beaucoup trop long. J’ai mis en place ce procédé au deuxième chapitre, lors de la fameuse rencontre au Stanley Park lorsque Marion et... Philip sont seuls tous les deux un bref instant... A partir de là, je me suis sentie satisfaite en écrivant «Philip»... Je parlais uniquement de «mon» Philip!


MEI SHUNFU
Je ne suis pas une spécialiste de l’Asie. Or, Mei Shunfu est originaire de ce continent. Pour trouver un nom adéquat, je m’en suis remise à un collègue de la société où je travaillais alors... Cet homme travaillait avec des correspondants asiatiques. Je lui ai exposé mon problème et il m’a proposé plusieurs patronymes... Parmi eux, j’en ai choisi un dont la consonance me plaisait à l’oreille: Mei Shunfu était alors né concrètement...

Un merci à deux acteurs pour... deux personnages:
MATTHIAS LEBRETON
Son prénom est un hommage à un acteur que j’estime beaucoup: Matthias Habich. Pour le nom de famille... il est venu tout seul ensuite. Sans doute parce que j’aime la Bretagne!:)

DOUG MERVILL
Après avoir choisi un patronyme pour mes autres personnages, pour celui-ci... le trou noir est venu. J’avais besoin d’une identité anglophone vu son origine... Quelques prénoms me sont venus à l’esprit mais ils étaient trop... courants. Depuis peu, je connaissais une série Tv et l’un de ses héros était attachant. Alors, à cette pensée, mon choix s’est fait instantanément. Mon personnage allait se prénommer Doug, comme Doug Ross, dans «ER». Douglas est un prénom anglophone et moins usité que d’autres. Ce qu’il me fallait!


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